Point de vue sur le cinéma

voici un article écrit par la journaliste Eve Perrot, qui s’est penchée sur le sujet  autour du cinéma et du bénévolat. Nous vous le partageons :

Salariat VS bénévolat, c’est pas du cinéma à Rabastens et Saint-Sulpice

La réussite associative pourrait-elle nuire au social et aux débats d’idées?

La question se pose de plus en plus dans une organisation de l’économie qui demande au tissu bénévole de prendre en charge des pans entiers de l’animation, sportive ou culturelle, et des services. En même temps que le soutien financier aux associations se réduit et que l’essentiel des subsides provient des municipalités. Sur le territoire, le dilemme s’illustre notamment dans la gestion des salles de cinéma. Avec un peu plus de 13 000 entrées pour quelque 400 séances à l’année, La Halle de Rabastens tourne plutôt bien, voire, de mieux en mieux. Le modèle économique repose sur une délégation de gestion à l’association 7ème Art pour tous qui tire ses recettes des entrées payées et d’une aide de la mairie.

Cette subvention est versée « en avance à partir du bilan financier de l’année précédente », stipule Bernard Monlivier, adjoint aux finances. « Fin 2017, nous avons attribué une avance de 5 000 euros pour l’année 2018 ». L’adjoint souligne que ce soutien est à la baisse depuis trois ans. « 50% des recettes est affecté au CNC*, le reste à l’entretien du matériel, et à l’assistance en direct, ainsi qu’à l’assurance et aux remboursements de frais pour les deux bénévoles les plus sollicités », explique Henkjan Verhoef, bénévole impliqué de 7è Art pour tous. Outre la subvention qu’elle accorde, la municipalité prend en charge les coûts d’entretien de la salle, La Halle, qui présente l’avantage de ne pas être exclusivement dédiée au cinéma.

Un modèle associatif à la botte

Ce modèle a séduit à Saint-Sulpice. Cette année, le contrat de délégation de service public est arrivé à son terme pour l’exploitation du Sejefy’s. L’occasion d’un nouvel appel d’offre, d’un contrat nouvelle formule avec la mise en place d’un AOT (autorisation d’occupation temporaire du domaine public).

Et, surtout, d’écarter VEO cinémas, société exploitante de la région qui gère 7 cinémas, compte 20 collaborateurs et réalise 1 million d’euros de chiffre d’affaires. Arrivée en 2015 au Sejefy’s, VEO cinémas avait créé 2 postes salariés, obtenu le classement Art et Essai de la salle, et était parvenue à augmenter la fréquentation passant de 16 000 entrées à 19 000. En investissant et avec le soutien financier de la municipalité.

Pour poursuivre l’activité VEO sollicitait 22 000 € d’aides. Mais c’est la proposition de 7ème art pour tous qui a été retenue. L’association rabastinoise va prendre en charge l’exploitation de la salle de Saint-Sulpice en s’appuyant sur le modèle qu’elle pratique à La Halle, celui du bénévolat.

« Des bénévoles formés par un bénévole de Rabastens qui va facturer en tant qu’auto-entrepreneur cette prestation », dénonce l’opposition municipale. Qui déplore ainsi la perte des deux emplois du Sejefy’s. « Si 7ème Art pour tous exploite la salle, les charges liées à son entretien revient à la municipalité », poursuit notre source.

Tous comptes faits, économique et social, le calcul du bénévolat est-il vraiment plus économe ? D’autant qu’en creux, plus qu’une économie, c’est VEO cinémas qui était ciblée.

Jean Villa, PDG de VEO cinémas, ne cache pas que la diffusion de L’Insoumis lui a attiré les foudres de la majorité municipale : « Un adjoint m’a demandé si j’avais autorisation de diffuser un tel film ! »

L’argument économique vaut pour tout et n’importe quoi : faire travailler gratuitement sous couvert d’associations, et mettre au pas idéologique. Comme le précise l’article 3 du contrat d’AOT : « l’organisation par le bénéficiaire de manifestations à caractère politique, confessionnel (…) ne pourra se faire sans autorisation préalable sollicitée un mois avant la manifestation auprès de M. le Maire de la Ville de SAINT-SULPICE-LA-POINTE (…). »

*Centre National du Cinéma

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