Quand les citoyens mettent leur gilet jaune pour exprimer leur Citoyenneté

Voilà près d’un mois que notre pays traverse une crise sociale sans précédent. De ronds-points en ronds-points surgissent des gilets jaunes. Nous assistons partout à des opérations de péages gratuits, de barrages filtrants, de manifestations ou d’interpellations des pouvoirs publics. A cette colère jaune s’ajoute maintenant les lycéens, les étudiants de certaines universités ou encore des secteurs professionnels tout entiers. Partout, les gens se rassemblent. D’un mouvement qu’on croyait uniquement lié à la nouvelle taxe sur le carburant s’ajoute de plus en plus de doléances sociales, écologiques et démocratiques. On ne peut résumer ce mouvement à une simple grogne sur la question du « pouvoir d’achat » mais à un mouvement plus profond et plus complexe. L’offre politique de plus en plus décriée est ici clairement contestée dans ses fondements. Les citoyens réinvestissent en quelque sorte l’espace politique dont ils ont le sentiment qu’il ne peut se réduire aux échéances électorales. Le dernier scrutin présidentiel donnait déjà une indication sur cette tendance de fond avec 4 candidats dans un mouchoir de poche. La victoire d’Emmanuel Macron face à la candidate de l’extrême droite était d’avantage liée à un barrage républicain qu’à un vote d’adhésion sur son programme. Dès lors, la politique menée par la majorité LREM ne pouvait que conduire à une contestation permanente et incessante, n’en déplaise à notre maire saint-sulpicien La République en Marche, qui confia avec un petit sourire en coin lors du conseil municipal du 22 novembre 2018 « Ne me parlez pas des gilets jaunes ! ».

 

De la citoyenneté :

 

Il faut d’abord comprendre que la citoyenneté est une construction politique qui s’inscrit dans un temps long et qui est intimement liée aux fondements de notre république. L’un va avec l’autre. La république se constitue d’individus reconnus comme émancipés et suffisamment éclairés pour décider en toute conscience de ce qui est bon ou mauvais pour eux et la communauté dans laquelle ils s’inscrivent. C’est dans cette communauté toute entière de gens conscients et agissants que se détermine la voix du peuple. De cette construction nait également l’idée de notre devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité. La citoyenneté, la république sont des constructions philosophiques et politiques qui aujourd’hui encore font débat et amenèrent à des évolutions. On ne peut figer les débats et les coincer dans une constitution intangible car c’est par définition elle qui fixe les règles du jeu politique. Quand les citoyens aspirent à un changement déterminant des règles du jeu, il est de la responsabilité des représentants politiques d’y répondre.

 

Il ne faut pas perdre de vue notamment que l’égalité des citoyens dans la construction et le respect de la Loi républicaine sous-tend que c’est l’intérêt du collectif humain qui doit éclairer l’action politique. L’intérêt général est la boussole que nul homme ou femme politique ne doit perdre de vue.

 

Pour comprendre le mouvement de fond qui opère aujourd’hui sous nos yeux, il est essentiel de revenir sur ces notions qui imprègnent nos concitoyens quels qu’ils soient. C’est une sorte de divorce auquel nous assistons. Les gens se sentent exclus du jeu politique depuis trop longtemps et même s’ils scandent « Macron démission », c’est surtout le système républicain actuel qu’ils veulent démissionner. Du reste, l’exclusion des citoyens de toute gouvernance par notre municipalité saint-sulpicienne La République En Marche en a été un exemple local flagrant dès le début de son mandat. En effet, à l’occasion de la désignation en conseil municipal des représentants de la commune dans des syndicats départementaux et intercommunaux, et alors même que la Loi permettait d’accepter des candidatures citoyennes non élues dans des groupes de travail, c’est dans un bel « unanisme » que la majorité municipale les a systématiquement refusées…[i] On ne peut faire marcher au pas tout un peuple sous peine de devenir une dictature. On ne peut résumer son peuple à des gens qui seraient tout et d’autres qui ne seraient rien ou de simples « gaulois réfractaires ». Tous les efforts de « pédagogies » ne mèneront à rien tant qu’on continuera à considérer un peuple comme une masse laborieuse. Les français sont en train de le rappeler avec fracas. Ils sont conscients, éclairés et suffisamment éduqués pour comprendre les enjeux du monde dans lequel ils vivent.

Après la fracture sociale, nous vivons ici une fracture démocratique qui ne pourra pas se régler par quelques aménagements.

 

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